26 Les argiles colorés de l’Emblavèz

Comment ont pu s’accumuler des centaines de mètres d’argiles colorées dans des marais peu profonds ?

Suite de l’article 24 « Le bassin de l’Emblavèz est-il un graben » ?

Des argiles que l’on voit un peu partout :

Argiles vertes (et rouges à la base) qui affleurent à la suite de glissements de terrains…
Bancs d’argile entrecoupés de bancs calcaires dans le talus d’un chemin…
Exploitées par la société « Argiles du Velay » à Saint-Paulien…
Creusées par un torrent…
Vertes et rouges, mises au jour par un terrassement…

Les argiles sont formées de très fines particules issues de l’altération d’autres roches, emportées par le ruissellement, puis les rivières et qui finissent par se déposer, se sédimenter lorsqu’elles ne peuvent plus être transportées, dans la mer ou au fond d’un lac. Les particules argileuses s’empilent en couches successives, au fur et à mesure des dépôts.

Les argiles du bassin de l’Emblavèz sont anciennes, elles ont été déposées entre -35 et – 20 millions d’années environ.

Quand le bassin s’enfonce mais que le paysage reste plat…

Il y a 35 millions d’années (Ma), lorsque commencent les contraintes en extension, le vieux socle hercynien est complètement érodé, aplani, et se trouve à une altitude proche du niveau de la mer.

A partir de – 35 Ma commence l’élargissement et l’enfoncement lent et progressif du bassin, enfoncement qui va durer pendant toute la période appelée Oligocène, pendant environ 15 Ma. Les produits de l’érosion du granite, en particulier les argiles, s’accumulent dans les marécages et lacs peu profonds de ce bassin.


Un enchevêtrement de marais et de lacs peu profonds : le paysage de l’Emblavèz entre – 35 et – 20 millions d’années, tel qu’en témoignent les quelques fossiles trouvés dans les sédiments : 

L’accumulation des sédiments, de l’ordre du mm/an compense le lent affaissement du bassin (subsidence) . En conséquence le paysage reste relativement plat, toujours à très faible altitude, puisque les fossiles témoignent d’incursions marines, mais les argiles s’accumulent continuellement.

A la fin du rifting l’épaisseur des argiles atteignait plusieurs centaines de mètres.

Tout change à partir de – 15 millions d’années…

Le département de la Haute-Loire avec son vieux socle hercynien est actuellement à une altitude moyenne supérieure à 700m , le horst de Chaspinhac à 900 m : le Massif Central a donc été soulevé depuis l’époque Oligocène…

Ce soulèvement par rapport au niveau de la mer a provoqué une intensification de l’érosion dans la région et les argiles patiemment déposés pendant 15 Ma vont être consciencieusement décapés au cours des 15Ma suivantes et le sont encore actuellement !

Traces de ruissellement dans les argiles du bassin de l’Emblavèz qui emporte les particules argileuses vers le ruisseau le plus proche et finalement dans la Loire et certainement dans l’Atlantique…

L’érosion a donc progressivement emporté la plus grande partie des argiles qui avaient comblé le bassin qui s’est alors creusé. Il en reste une cinquantaine de mètres, souvent protégés de l’érosion par des coulées volcaniques mises en place depuis 15 Ma.

L’affleurement le plus spectaculaire est le ravin de Corboeuf dont la visite par son sentier d’interprétation est incontournable…

Les couleurs des argiles…

Les colorations sont dues à un même élément chimique, le fer, présent à différents états d’oxydation.

Si le milieu est peu oxygéné, le degré d’oxydation est relativement faible, il se forme des hydroxydes de fer dans lesquels l’ion fer est à l’état réduit Fe2+ .

Dans un milieu où les boues argileuses sont en contact avec l’oxygène, le fer peut formé des oxydes ou des hydroxydes dans lesquels le fer est à l’état oxydé Fe3+.

La teinte d’une argile dépend du degré d’oxydation du fer présent dans celle-ci :

Lorsque l’argile contient davantage de fer à l’état réduit Fe2+ , sa teinte sera bleu-vert.

Si la proportion de Fe3+ augmente l’argile prendra une couleur jaune, et même orange ou rouge si la concentration est suffisante.

Les couleurs différentes des dépôts successifs indiquent donc des variations des conditions de sédimentation.

Mais attention, les argiles ne sont pas riches en fer : celui-ci possède un fort pouvoir de coloration et quelques pourcents d’hydroxydes de Fe3+rendent une roche totalement rouge !

D’où provient ce fer ?

De la dégradation des micas du granite, minéraux riches en fer !

Granite en cours d’altération:
Les produits de l’altération des feldspaths et des micas forment des minéraux argileux ainsi que des oxydes et hydroxydes de fer . Les grains de quartz sont emportés sous forme de sable.

Les taches de rouille proviennent de l’oxydation du fer de la biotite, ions fer qui vont également colorer les argiles.

Quand les argiles posent problème..

Après une ou deux années pluvieuses, les argiles se gorgent d’eau et les glissements des sous-bassements argileux déforment nombre de routes dans la région.

1ère étape, la route se fissure…
Et l’année suivante elle s’effondre. Route coupée depuis de nombreux mois dans l’attente de la mise en oeuvre d’une solution technique pérenne…

Tous mes remerciements à Timothé Lhoste pour ses explications éclairantes…

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