Septembre 2025
De la forêt de résineux sur les flancs du Mézenc, bien silencieuse en ce début d’automne, s’échappe tout à coup une série de sons rauques …une corneille enrouée ? un geai ? Il y a bien quelques ressemblances … mais le voilà bien en vue sur une cime. Il s’envole rapidement, se pose sur un autre arbre, s’envole encore… C’est un Cassenoix moucheté !

De la taille d’un geai, il a le bec fort, les pattes robustes et le cri rauque d’un corvidé. On l’appelle parfois le geai des montagnes.
En effet, le Cassenoix est inféodé aux montagnes et aux hautes latitudes. En France il habite principalement dans les régions montagneuses de la bordure Est : Alpes, Jura, Vosges.
Geai, Corneille, Cassenoix appartiennent à la famille des Corvidés, comme le Grand Corbeau ou la Pie…

Le Mézenc, un poste avancé d’une expansion vers l’Ouest ?

Synthèse du nombre d’observations de Cassenox moucheté en Auvergne-Rhône-Alpes entre 2020 et 2025 (Source Faune AuRA).
Le massif du Mézenc représente donc un poste avancé de l’espèce…
La première donnée répertoriée en Haute-Loire date de novembre 1993 (au Lizieux), puis les données deviennent régulières dans le massif du Mézenc à partir de 1994. C’est en 2009 qu’a été découverte la première preuve de nidification de l’espèce.
Comment le repérer ?
Les Cassenoix s’entendent davantage qu’ils ne se voient . Vous les observerez aisément à partir de début juillet et jusqu’à la fin de l’automne. Ils se déplacent alors beaucoup et explorent leurs sources de nourritures préférées pour emmagasiner un maximum de réserves qu’ils installent dans des cachettes dans le sol. La plupart d’entre elles seront retrouvées au coeur de l’hiver et au tôt printemps, parfois sous la neige.
En revanche ils sont extrêmement silencieux et cantonnés pendant la reproduction, dès l’hiver et jusqu’à l’envol de la nichée à la fin du printemps.

Quand l’un des conjoints ne connait pas les cachettes de l’autre…
Les couples sont appariés pour la vie et occupent le même territoire. Vu qu’ils possèdent des réserves de nourriture, les adultes peuvent nicher très tôt dans la saison malgré des températures encore très basses. De ce fait, les jeunes, éclos précocement au tôt printemps, bénéficient d’une longue période pour constituer leurs réserves avant l’hiver.
Habituellement chez les Corvidés c’est la femelle qui couve les œufs, ravitaillée par le mâle. Chez le Cassenoix ces tâches sont partagées car le mâle ne connaît pas les cachettes de la femelle et ses propres réserves sont insuffisantes pour pourvoir aux besoins du couple. Il remplace donc régulièrement la femelle sur le nid pour lui permettre de chercher elle-même sa nourriture.
Une spécialisation alimentaire… variable !
Dans les Alpes ce sont incontestablement les cônes de pin cembro (araule) qui tiennent la vedette, dans le Jura ce sont les noisetiers qui fournissent la nourriture de base.
Au Mézenc il y a bien quelques pins cembro qui s’accrochent près du sommet au-dessus de la limite de la forêt, mais l’essentiel de la nourriture est fournie par les pins à crochets et les épicéas.
Ce régime est complété par des baies, des insectes. Il adore les myrtilles…
Enclume à cônes : souche servant de support pour le décorticage et l’extraction des graines de pin…
Photo Sabine Brodbeck/WSL

A l’occasion, des individus erratiques peuvent être entendus loin du Mézenc, au Lizieux, au Meygal, en Margeride, dans le massif de la Chaise Dieu, notamment en cas de pénurie alimentaire. Peut-être les prémices d’une future installation ?