Avez-vous remarqué que, dans un même parterre de primevères, toutes de la même espèce,il y a deux sortes de fleurs dont le coeur est très différent?
Chez toutes les espèces de primevères…

La Primevère officinale, le Coucou (Primula veris), abondante dans certaines prairies assez riches…



Primevère élevée (Primula elatior)


« en paillettes »
La Primevère élevée est la primevère des bois, aux fleurs jaune pâle, que l’on trouve fréquemment dans les forêts de bord de rivière…

La Primevère à grandes fleurs de nos jardins, jaunes, roses ou mauves…


« en paillettes »
Exposition des organes sexuels…

Petit rappel de botanique :
La fécondation entre les cellules reproductrices mâle et femelle est nécessaire pour qu’il se forme une graine.
Les grains de pollen qui transportent les cellules reproductrices mâles se déposent sur le stigmate et germent en formant un tube qui amène la cellule mâle au contact d’un ovule.

Cette fleur expose les extrémités des étamines, organes mâles.
Ci-dessous la même fleur en coupe.

Encore faut-il que le pollen puisse arriver jusqu’au stigmate d’une fleur. La chose paraît simple pour cette fleur de primevère dont les étamines se trouvent juste au-dessus du pistil : il suffit que le pollen tombe sur le pistil. Sauf que ça ne marche pas !
En effet, comme pour beaucoup d’autres de plantes, il y a une incompatibilité moléculaire qui bloque la germination du pollen ou la croissance du tube pollinique si le pollen provient du même pied de primevère!
L’autofécondation entraînerait une baisse de diversité génétique et une augmentation de l’expression de gènes défavorables .
Le pollen doit donc provenir d’un autre individu, un autre pied de primevère.

Cette fleur expose l’extrémité de son organe femelle, le stigmate, partie supérieure du pistil

La même fleur en coupe.
Dans ces fleurs le style est long et le stigmate très au-dessus des étamines. La fleur est dite « longistyle » et par opposition le modèle précédent est dit « brévistyle ».
Dans une population de primevères il y a statistiquement 50 % de fleurs brévistyles et 50 % de fleurs longistyles.
Or, pour des raisons de configuration du stigmate, le pollen des fleurs à style court sera plus facilement retenu par les stigmates des fleurs à style long et inversement.
Le croisement des deux types de fleurs par les insectes…

La trompe du papillon va chercher le nectar au fond de la fleur.
S’il butine une fleur à style court où les étamines sont fixées à l’ouverture de la corolle, le pollen se dépose sur les poils du corps (1)… qui vont se trouver à la hauteur du stigmate d’une prochaine fleur à style long, où il va se déposer.
Et s’il butine une fleur à style long où les étamines se trouvent au fond de la corolle le pollen va se coller à la trompe (2) qui effleurera le stigmate d’une fleur à style court !
Source : La planète fleurs, Gérard Guillot, Editions Quae