Août 2026
De grandes populations d’épilobes égaient les bords ensoleillés des chemins, les lisières de forêt, les clairières pendant tout l’été avant de libérer des millions de graines qui se dispersent au gré des vents…

Les hautes tiges de l’épilobe sont les premières à coloniser les récentes coupes de bois qui ont ouvert une clairière.

Elle n’en finit pas de fleurir…

Chaque fleur s’épanouit pendant deux ou trois jours seulement avant de flétrir mais la plante fleurit pendant des semaines…
Epilobe en épi, Epilobe à feuilles étroites ou Laurier de Saint-Antoine ?
C’est la forme étroite des feuilles qui lui a donné son nom latin Epilobium angustifolium. On l’appelle Epilobe à feuilles étroites si on s’intéresse aux feuilles, ou Epilobe en épi si on se réfère plutôt à la forme de l’inflorescence ou encore « Laurier de Saint-Antoine » pour cause de ressemblance des feuilles avec celles du Laurier rose…
La floraison commence à la base de l’épi. Chaque jour de nouvelles fleurs s’ouvrent un peu plus haut tandis que les fleurs inférieures , une fois fécondées, fanent et forment des capsules allongées qui sont les fruits contenant les graines. L’ensemble dure pour un même pied de 4 à 8 semaines en fonction des conditions, la sécheresse pouvant raccourcir cette période.
A l’échelle de la population la floraison peut donc s’étaler de juillet à septembre…
Le contenu des capsules…
En fin de floraison les capsules se déchirent et libèrent les graines munies de poils soyeux. Les premières à s’ouvrir se trouvent à la base mais progressivement le phénomène gagne tous les étages


La dispersion facile des graines, emportées au moindre courant d’air, favorise la colonisation rapide des milieux propices.
Chaque capsule contient 300 à 400 graines, ce qui totalise de l’ordre de 80 000 graines par plante.
Alors une colonie d’épilobes vous permettra sans problème de cueillir de quoi rembourrer votre édredon…
L’épilobe, objet de science…
En 1790 les observations de Christian Konrad Sprengel sur l’Epilobe en épi complètent les expériences de Joseph Gottlieb Kölreuter faites en 1761. Ces deux botanistes découvrent pour la première fois deux notions importantes :
1. L’organisation de la fleur empêche l’autofécondation.
Les observations de Kölreuter et Sprengel :
Lorsque la fleur s’ouvre, les étamines libèrent leur pollen alors que le pistil n’est pas encore réceptif.

Les extrémités des huit étamines, les anthères, libèrent le pollen (grains verdâtres sur la photo). Le pistil, fermé, n’est pas réceptif.

Une anthère à maturité ayant libéré les grains de pollen (observation à la loupe).
Au stade suivant les quatre lobes du stigmate (extrémité du pistil) s’ouvrent, devenant alors aptes à recevoir du pollen mais les étamines sont alors courbées et vides.
Le pollen d’une fleur ne peut donc pas féconder les ovules de la même fleur.


Les fleurs sont successivement mâles puis femelles.
Chaque fleur est donc fécondée par le pollen provenant d’une autre fleur ou d’une fleur d’une autre plante (fécondation croisée), ce qui évite les problèmes liés à la consanguinité…
En savoir plus : Si le pollen provient d’une fleur de la même plante n’est-ce-pas une forme d’autofécondation ?
Oui, il s’agit bien d’une forme d’autofécondation puisque pollen et ovule proviennent du même individu donc ont le même patrimoine génétique. Mais son avantage est d’offrir plus de chances de reproduction…L’intérêt des insectes est surtout d’apporter du pollen provenant d’un autre individu.
2. L’intervention des insectes est indispensable à la fécondation des fleurs…
Sprengel observe que les épilobes sont toujours visitées par de nombreux insectes qui y trouvent de grandes quantités de nectar…

Il en conclut que ce sont les insectes, abeilles et bourdons, passant successivement d’une fleur à l’autre qui réalisent le transport du pollen.
L’intérêt de cette découverte est majeure car les études ultérieures ont montré que la fécondation croisée est la règle pour la majorité des plantes à fleurs (pas toutes…) ce qui montre l’importance des insectes dans la reproduction des plantes.
Près de soixante-dix ans plus tard Charles Darwin s’appuiera sur les données de ces deux botanistes pour développer ses propres recherches.
Ainsi il démontrera expérimentalement que les plantes issues de fécondation croisée sont souvent plus vigoureuses que celles provenant d’autofécondation,
Il montrera également qu‘il y a une interdépendance entre les fleurs et les insectes, résultat d’une longue coévolution.
Merci pour ce document, on en apprend tous les jours avec cette plante!.
Médicinale par ses tanins, la décoction de racines a été utilisée par les montagnards lors de troubles digestifs avec diarrhées.
On l’utilise aussi pour soigner les troubles de la prostate.
Comestibles, ses jeunes pousses peuvent être cuites comme des légumes et les sommités florales, pour ceux que l’âpreté ne rebute pas, sont consommables en salade.
Ses feuilles fermentées sont utilisées en Russie, comme le thé noir, pour confectionner une boisson au goût fruité. Elles sont vendues sous le nom de Thé d’Ivan (Ivan tchaï »)
Enfin, pendant la dernière guerre, ses feuilles séchées étaient utilisées comme un substitut au tabac.
Merci Jean-Paul pour toutes ces précisions !
Merci, Michèle, pour ces bons moments que tu nous offre tous les mois.
Jusque dans les années 60, je n’avais jamais vu d’épilobes. Par la suite, cette plante a envahi de nombreux espaces du Meygal : entre autres, elle a fait disparaitre un grand carré de framboisier, près de le maison des Copains, où ma famille et moi avions l’habitude de cueillir de quoi faire de délicieuses gelées… Ne serait-elle pas invasive ?
Michèle S.
Bonjour Michèle,
Les framboisiers comme les épilobes sont des plantes colonisatrices qui se développent rapidement sur une ouverture de la forêt, mais elles n’ont qu’un temps et seront plus ou moins rapidement remplacées par d’autres plantes. Un site à framboises n’est jamais perenne…