Octobre 2026
De mémoire d’homme, aucun lac n’a jamais été vu à Saint-Pierre-Eynac, paisible village situé à l’est de la Haute-Loire au pays des Sucs … Et pourtant !

Des sédiments lacustres…
A l’est du village, entre le bourg et le hameau des Sausses, sur le versant Sud-Est du Mont Plaux, les sentiers se creusent par endroits dans des grès (sable consolidé) ou dans des fines argiles grises :


On sait que les particules argileuses, transportées par les cours d’eau ou le ruissellement, se déposent dans des eaux calmes. L’étendue de la couche témoigne de la présence d’un lac : les particules, très fines, restent longtemps en suspension puis se déposent lentement au fond de l’eau. Au fil du temps les dépôts s’accumulent et forment une couche d’argile.
Alternant avec ces argiles, on trouve aussi sur ce versant des bancs de dolomie, roche qui se forme à partir de boues carbonatées déposées dans une eau calme.
L’origine volcanique du lac …
Les dessous du pont sur la Sumène :

Les pierres utilisées pour la construction du pont qui enjambe la rivière Sumène sur la D26 sont remarquables. La disposition en strates superposées évoque des dépôts successifs de matériaux.


La granulométrie et la nature des matériaux est très hétérogène : ce sont des particules de roches plus ou moins fines, souvent anguleuses, agglomérés par un ciment. Ce type de roche est appelé brèche. Certains lits sont colorés par des oxydes de fer.
Origine de la brèche :
La disposition et la nature des matériaux évoque les dépôts liés à un volcanisme phréatomagmatique de type « maar » au cours duquel des éruptions explosives successives creusent un large cratère comme celui qui a donné naissance au lac de Saint-Front par exemple.
L’explication de la formation d’un maar se trouve dans l’article « Le lac de Saint-Front » : https://sucs-nature.fr/le-lac-de-saint-front/
L’éruption a débuté lorsqu’un magma de nature phonolitique est remonté en rencontrant une importante quantité d’eau souterraine. La brutale vaporisation de l’eau provoque de très violentes explosions qui pulvérisent les roches sus-jacentes. La succession des éruptions creuse un cratère profond en forme d’entonnoir appelé « diatrème ». Les matériaux pulvérisés, en retombant, et l’effondrement de pans de roches des parois comblent en grande partie le diatrème et constituent la brèche .
C’était il y a 10,5 millions d’années…

Cette brèche affleure tout le long de la route (D26) qui, depuis le pont remonte vers Saint-Pierre-Eynac, sur une épaisseur de 100 m environ.
La brèche est constituée par une alternance de lits formés de sables grossiers avec des blocs anguleux et de lits à granulométrie plus fine. Il s’agit d’un mélange et d’un brassage de débris de roches préexistantes, perforées par l’éruption et des projections de lave phonolitique retombées ou effondrées dans la cheminée.


Au niveau du pont nous sommes dans la racine du diatrème. A l’affleurement on observe un mélange d’éléments grossiers qui correspond à l’effondrement des parois du cratère. Il contient de nombreux nodules d’argile provenant des vieux sédiments du bassin de l’Emblavèz qui formaient l’encaissant du diatrème.
Dans sa partie supérieure, au-dessus de la D261, la brèche est surmontée par les sédiments lacustres.
Een effet, comme pour la plupart des maars, après les éruptions, la cavité s’est remplie d’eau pour former un lac… progressivement comblé par des sédiments (argiles, dolomies, sables …).
Le tout a été recouvert par la coulée de phonolite du Mont Plaux entamée par la carrière de Billière.

La carte géologique montre l’extension et la disposition actuelle des affleurements liés au maar de Saint-Pierre-Eynac : sédiments lacustres et brèche de maar. Les taches violettes au sein des sédiments lacustres représentent des filons d’opale résinite qui témoignent d’une activité hydrothermale au fond du lac. Nous en reparlerons dans un prochain article.
La structure complète du maar n’est plus visible car au cours des derniers millions d’années l’érosion et le creusement de la vallée de la Sumène ont dégagé une grande partie des brèches et des sédiments lacustres. L’appareil éruptif a aussi été découpé par des failles, sans parler d’éventuels déplacements de ces sédiments argilo-sableux …
Contexte géologique global …

Les volcans de Saint-Pierre-Eynac ( dôme trachytique de la vierge, maar et coulée du Mont Plaux se situent à l’extrémité sud-est du bassin de l’Emblavèz, au voisinage immédiat de la grande faille bordière (ensemble de failles). Ces fractures ont pu favoriser à la fois la montée de magmas, mais aussi les infiltrations d’eau susceptibles de déclencher des éruptions phréatomagmatiques…
Voir article : Le bassin de l’Emblavèz est-il un graben ? https://sucs-nature.fr/le-bassin-de-lemblavez-un-graben/
Originalité du maar de Saint-Pierre-Eynac …
Les volcans du type « maar » sont très nombreux dans la région, plus ou moins vieux et donc plus ou moins bien conservés. Les plus récents ont conservé une structure bien identifiable avec un lac comme le lac de Saint-Front (aux alentours de 200 000 ans) et le lac d’issarlès (autour de 50 000 ans). Mais tous sont liés à des remontées de lave de nature basaltique.
La lave qui est à l’origine du maar de Saint-Pierre-Eynac est de nature phonolitique et s’est le seul exemple connu en France … du moins en France métropolitaine puisque le lac Dziani Dzaha de Petite-Terre à Mayotte est aussi un maar phonolitique…

Sources :
- Notice de la carte géologique au 50 000ème du BRGM, feuille d’Yssingeaux.
- Article d’André Fromant, dans Le Zircon no 34 – 2005, revue du Groupe Géologique de la Haute-Loire accesible en ligne : https://geol-43.asso-web.com/300+articles-zircon.html
Et merci à Timothé Lhoste qui connait la région par coeur, pour ses éclairages toujours précieux …